
Qu’il est difficile d’autogérer sa colère !
Les enfants manifestent leur frustration avec une intensité déconcertante, allant de la bouderie silencieuse jusqu’à la crise de colère bruyante et ravageuse. Leur comportement impacte le nôtre, sans que nous arrivions toujours à faire descendre la tension. Nous savons qu’il faut réagir avec calme, mais sans être capables concrètement de gérer chaque situation critique.
La frustration est l’une des émotions les plus puissantes que nous ayons à affronter depuis notre plus tendre enfance, faisant d’elle l’une des plus dangereuses. Outre son intensité, ce qui rend le contrôle de cette émotion difficile est que personne n’enseigne habituellement aux plus jeunes comment canaliser l’énergie qui lui est associée.
Nous pouvons nous aider des conseils d’un psychologue, spécialiste de l’enfance et de la parentalité, mais la Parole de Dieu, étant souveraine, nous devons chercher à la pratiquer avec attention.
1 – Adapter son attitude à la crise émotionnelle
D’abord, face au débordement émotionnel, il faut souffler et prendre le temps de réagir pour éviter de monter en pression soi-même. Ensuite, il est indispensable de se rappeler que nos réactions ne sont qu’imparfaites et que nous n’avons pas le pouvoir de calmer les enfants immédiatement. Nous pouvons les accompagner au mieux pour les ramener au calme. Si besoin, l’adulte peut lui aussi s’isoler quelques secondes, le temps de se pauser, de prier, même si cela peut paraître incongru, car la précipitation et l’impulsivité vont, à coup sûr, causer des dégâts.
2 – Protéger
En fonction de l’intensité des réactions, il peut être nécessaire de se protéger et de protéger les autres personnes présentes. Il convient également de protéger l’enfant de lui-même, lors de cette tempête émotionnelle, principalement s’il se fait du mal. L’isoler peut être une bonne idée, afin d’éviter les interventions des autres adultes et des autres enfants, dont les propos peuvent envenimer les choses ou apporter un soutien délétère à l’enfant, ce qui va saper votre autorité. Trouver un lieu calme, intime, où vous pourrez faire ce qui vous semble bon. N’oubliez pas qu’un enfant est capable de fédérer un public, juste par un regard, afin de vous déstabiliser !
3 – Parler au bon moment
Gronder est souvent superflu en début de « crise ». Au préalable, l’enfant doit avoir appris à pleurer, sans ameuter tout le quartier comme un cochon qu’on égorge. Les larmes soulagent la tension. Chercher à les empêcher de couler serait contre-productif. L’accompagnement consiste à se positionner à sa hauteur, à lui parler sans élever la voix et à soutenir le retour au calme en démontrant votre empathie, votre disponibilité et votre autorité. La corégulation peut prendre du temps, mais c’est un investissement gagnant sur le long terme. Certaines situations ne permettent pas une gestion immédiate, il convient parfois de différer et de prévenir son enfant qu’on s’en occupera plus tard, tout en l’assistant à retrouver son calme.
4 – Éviter de générer des frustrations
La frustration n’apprend rien en tant que telle. C’est sa gestion qui est profitable. Il n’est pas nécessaire de générer une frustration qui pourrait être évitée. Cependant, il est vital d’apprendre à gérer ses émotions pour supporter les frustrations normales de la vie. Cela vaut pour tout le monde, y compris les adultes. Chez les enfants, l’apprentissage s’effectue par la corégulation, c’est-à-dire, l’accompagnement d’un adulte pour un retour au calme, pour une leçon apprise et un progrès dans la formation du caractère, qui est le but biblique recherché. Ils ont besoin de votre assistance pour apprendre à porter leur croix, comme ils vous voient le faire. Vous connaissez votre enfant mieux que quiconque, ses faiblesses, sa sensibilité voire susceptibilité, sa relation difficile avec tel frère ou sœur, etc. Autant que faire se peut, évitez-lui des frustrations inutiles causées par vous-même ou autrui. Cependant, Dieu est souverain et rien n’arrive par hasard dans la vie de Ses enfants, petits et grands.
5 – Anticiper
L’anticipation et la recherche de stratégies signifient que, lorsque certaines situations sont, par essence, empreintes de frustration, comme les trajets, de l’attente ou encore des rendez-vous médicaux, il est souhaitable de prévoir de quoi combler le temps. En outre, il est utile de considérer chaque tempête émotionnelle comme un moyen d’apprendre à mieux connaître son enfant. Il devient de plus en plus facile de prévoir ce qui génère de l’agacement. Rappelez-vous qu’un enfant qui manque de sommeil ou a qui a faim aura plus de mal à gérer ses émotions.
6 – Etre un modèle
Les humains, donc les enfants, apprennent facilement par l’observation et le mimétisme. Il est parfois bienvenu et humble d’exprimer devant eux ses propres émotions et de verbaliser ses propres stratégies d’autorégulation de la frustration et de la colère. Votre travail personnel est très avantageux pour tous les membres de la famille : les émotions sont reconnues, acceptées et les traverser est un processus normal. Votre enfant voit votre parcours : colère, retour au calme avec la croix et repentance à qui de droit. Bien entendu, tout n’est pas à partager avec les enfants. Partagez-leur ce qui les enseignera et qui ne les affectera pas.
7 – Accueillir tous les sentiments et instruire
Valider les sentiments, tous, même ceux perçus comme négatifs parce qu’ils sont dérangeants. Il est important que les enfants puissent ressentir et reconnaître qu’ils sont frustrés, en colère, tristes sans que ce soit perçu comme inadéquat dans la vie quotidienne. Être culpabilisés de ressentir de la frustration ou de la colère n’aide pas à appréhender les situations avec plus de compétences. » Jésus n’est pas content ! » est à proscrire et définitivement. En revanche, pouvoir exprimer et user de stratégies d’auto et de corégulation est totalement fonctionnel et efficace. On parle de maîtrise de soi ! Amener son mauvais caractère à la croix amène une grande récompense, devenir comme Jésus Lui-même, encore faut-il identifier ce dont on doit se débarrasser. On ne se condamne pas d’avoir mal réagi, mais on s’occupe de ce caractère charnel, qui est appelé à être crucifié. Cette oeuvre concerne également les enfants. Ne les exemptez pas de prendre leur croix.
7 – Apaiser
Souvent, l’enfant rejette tout contact physique, lors d’une tempête émotionnelle. Il ne faut pas le forcer. Il vaut mieux proposer le câlin afin d’aider à l’apaisement. Le contact chaleureux démontre de l’empathie et un accueil des émotions. Les enfants, selon leur maturité, n’ont pas tous la même capacité de s’autoréguler. Les câlins offrent cette corégulation, cette reprise en contact par le corps et de se poser après un tourbillon émotionnel dans lequel ils se sont perdus. Que cela se passe avant la conclusion de la situation ou après, qu’importe ! Le contact physique est bénéfique, même si la situation mérite par la suite une gestion plus ferme. Sévir n’est jamais rejeter. Bien au contraire, c’est le moment d’exprimer davantage d’amour et de compassion. Cela n’est pas incompatible avec la sévérité et/ou la sanction à venir.
8 – Accepter ses erreurs et ne pas tout affronter seuls
Dans la parentalité, il est nécessaire de choisir ses batailles. Tout n’est pas contrôlable et l’accepter est un soulagement : tous les enfants éprouvent des aléas émotionnels. Ainsi, les étiquettes du type, « c’est une colérique », « elle est hystérique », doivent être évitées afin de ne pas cristalliser certains comportements. Certains caractères méritent l’intervention divine. La nouvelle naissance est le premier miracle attendu. Cependant, l’enfant ne doit pas perdre de vue qu’on attend de lui des progrès, qui seront toujours félicités. Toute occasion est bonne pour travailler à cela, comme un défi qu’on l’invite à relever, toujours pour son bien.
Personne n’est parfait ! Des erreurs seront forcément commises. Le plus important est de les verbaliser et d’être en capacité de s’excuser si nos comportements ou propos ont été heurtants. Nous n’avons d’ailleurs pas à être parfaits, c’est une recherche vaine dans tous les cas. Mais on peut s’améliorer ! Cela vaut également pour les enfants qui ne sont pas des petits êtres exemplaires. Ils expérimentent le monde durant leur développement et prennent des décisions sans mesurer les conséquences. Les expressions émotionnelles ne contiennent aucune envie de nuire. Les enfants font souvent du mieux qu’ils peuvent, ils ont désespérément besoin d’être aidés, comme beaucoup d’entre nous, piégés dans une émotion accaparante.
Il est également possible que les parents aient besoin d’aide spirituelle premièrement puis pratique. Nous avons tendance à reproduire notre propre éducation. Avoir la lumière de l’Evangile n’est pas une option. Ouvrir sa maison à ceux qui peuvent nous aider nous instruit. Cela suppose d’accepter d’accueillir l’assistance et de se remettre en question.
9 – Analyser puis agir
a. La situation mérite qu’on prenne de la distance par rapport à la colère. L’une des meilleures façons consiste à se concentrer sur les aspects positifs et négatifs globaux de la situation qui frustre et prendre en compte chacun d’entre eux et pas uniquement ceux qui sont négatifs. Par exemple, l’enfant peut être amené à se rappeler d’un précédent plus contrariant, où il en est sorti avec brio. On peut également l’encourager à remettre à plus tard la gestion de la situation, ensemble, avec la promesse de toute votre attention pour régler le problème. Le temps agira comme un régulateur et évitera que cela tourne à l’obsession.
Il n’existe pas de pire conseiller que la frustration. En effet, la frustration nous amène à attaquer ou blesser l’objet qui génère cette émotion. Autrement dit, il s’agit d’une émotion peu réparatrice et plutôt vindicative, raison pour laquelle il faut éviter d’agir lorsque ses effets agissent sur nous. Le calme des parents est donc nécessaire.
b. Lorsque l’enfant réclame ce qu’on ne peut lui donner, l’étape suivante consiste à l’amener à distinguer ses désirs, ses besoins et la réalité. Cela semble très simple, mais il ne s’agit pas d’une tâche facile : faire la différence entre ce que nous voulons, ce dont nous avons besoin et ce que nous pouvons réellement obtenir. Pour l’enfant, c’est très compliqué, vu sa notion du temps très approximative et la non ou minime conscience de la réalité.
Si la situation qui cause la frustration ne dispose d’aucune marge de changement possible, il est normal que l’émotion augmente en intensité. Face à ce type de situation où il n’existe pas de marge de manœuvre, il est préférable de travailler sur l’acceptation, plutôt que de travailler sur la capacité d’autorégulation de la frustration. Quand il n’y a pas de solutions, il faut pleurer avec celui qui pleure et prier pour déposer la peine et la fardeau. Tous ne doivent jamais oublier que le Seigneur tient toutes nos vies entre Ses mains.
c. L’Evangile nous enseignera toujours à garder un cœur bienveillant même lorsque nous manifestons notre autorité. D’expérience en expérience, l’enfant peut se reposer sur cette confiance que vous agissez toujours pour son bien, même s’il souffre. Nous-mêmes traversons des situations de grande frustration où l’acceptation nous semble impossible. La croix est encore et toujours la solution. Ce dont on ne peut se défaire, la croix y arrivera à bout. Il faut prier jusqu’à être libéré et ne pas répondre à la tentation de nourrir sa frustration. Les enfants aussi peuvent vivre cela, si nous les accompagnons à la croix. Il faudra veiller à ce qu’ils gardent un cœur pur, en rejetant tout ressentiment envers quiconque.
J’ajouterai quelques mots concernant les personnes âgées. On dit souvent qu’ils retournent en enfance en vieillissant et la frustration peut prendre des proportions énormes, jusqu’à les faire tomber dans la dépression. Là aussi, il faut de la patience, de la bienveillance pour amener à distinguer les désirs, les besoins et la réalité. S’ils sont chrétiens, il faut également accompagner dans l’exercice de la foi, les convaincre que la croix est la solution pour être libre et heureux. Vivre dans le contentement est un bonheur inestimable !
D’après une publication de Natacha Butzbach, psychologue